Le doigt à ressaut, c’est un tendon qui accroche dans sa poulie puis se libère d’un coup.
Quand les gestes du travail le rendent douloureux, une question vient vite. Quel tableau de maladie professionnelle concerne le doigt à ressaut ? On fait le point.
Le tableau applicable au doigt à ressaut
Le tableau du régime général

Vous cherchez à savoir si votre doigt à ressaut peut être reconnu comme maladie professionnelle. Bonne nouvelle : il relève potentiellement du tableau n° 57 C. Ce tableau se trouve dans la catégorie « poignet, main et doigt » du régime général.
Le tableau vise la tendinite et la ténosynovite. Le délai de prise en charge est de 7 jours.
Attention : le tableau n’écrit nulle part « doigt à ressaut » ni « pouce à ressaut ». Votre médecin doit donc :
- décrire une tendinite ou une ténosynovite correspondant à votre affection
- ne pas se contenter du nom courant du problème
Côté exposition, il faut des mouvements répétés ou prolongés des tendons fléchisseurs ou extenseurs de la main et des doigts. Le tableau ne fixe pas de durée minimale d’exposition pour cette affection.
Les affections à ne pas confondre
Le syndrome de la loge de Guyon figure aussi dans le tableau, avec un délai de 30 jours. Il s’agit d’une compression du nerf ulnaire au niveau du poignet, et non d’une inflammation du tendon fléchisseur.
Quant à l’épicondylite et à l’épitrochléite, elles relèvent du coude, dans la partie B du tableau n° 57. Si votre douleur remonte vers le coude, la qualification peut donc changer.
Les conditions de reconnaissance au titre du tableau n° 57
Les critères du tableau
Pour bénéficier de la présomption d’origine professionnelle, votre maladie doit correspondre à une affection désignée dans le tableau, la première constatation médicale doit respecter le délai prévu et vos travaux doivent relever de la liste indicative des travaux susceptibles de provoquer cette affection.
Pour un doigt ou un pouce à ressaut, cela se traduit ainsi :
- Le délai : une première constatation médicale dans les 7 jours suivant la fin de l’exposition au risque.
- L’exposition : des gestes effectués de façon habituelle, et pas seulement une sollicitation exceptionnelle.
Le cas limite le plus fréquent

Le cas le plus fréquent ? Un certificat où le médecin écrit seulement « doigt à ressaut ». Ce terme décrit un symptôme ou un nom courant, alors que le tableau n° 57 vise une tendinite ou une ténosynovite.
Demandez donc à votre médecin de préciser le doigt atteint, le côté, la date de première constatation et la nature de l’atteinte tendineuse. Il peut aussi noter le lien possible avec vos gestes professionnels. Cela ne remplace pas l’analyse de la caisse.
Le doigt à ressaut et le pouce à ressaut
Les signes et le diagnostic
Le doigt à ressaut vient en général d’un épaississement du tendon fléchisseur. Ce tendon accroche dans la poulie, un petit tunnel à la base du doigt. Il glisse alors mal quand vous pliez et redressez le doigt.
Les signes les plus utiles à décrire sont :
- La douleur palmaire : elle se situe souvent à la base du doigt, côté paume.
- Le ressaut : le doigt accroche puis se libère brusquement.
- Le blocage : le doigt peut rester plié et nécessiter l’aide de l’autre main pour être redressé.
- Le gonflement : une zone sensible ou une petite boule peut apparaître dans la paume.
Le pouce à ressaut marche de la même façon. Il gêne la prise en main, l’ouverture d’un flacon ou le pincement entre le pouce et l’index.
La prise en charge médicale
Le traitement dépend de la force des symptômes, de leur durée et de la gêne au travail. Si les symptômes restent modérés, on vous proposera souvent de vous reposer un peu.
Votre médecin ou votre chirurgien peut discuter avec vous :
- La réduction des gestes déclencheurs : elle limite temporairement les mouvements qui entretiennent l’irritation.
- Une infiltration : un corticoïde peut être injecté dans la gaine tendineuse, parfois sous contrôle échographique.
- La chirurgie : une petite ouverture de la poulie libère le tendon lorsque le traitement médical échoue ou que le blocage persiste.
Déclarer la maladie professionnelle
Le dossier de déclaration

Si vous relevez du régime général, vous adressez votre demande à la CPAM ; si vous dépendez du régime agricole, c’est la MSA. Joignez le formulaire de déclaration et le certificat médical initial à votre dossier.
Lorsque votre médecin prescrit un arrêt de travail lié à la maladie, pensez à informer votre caisse dans les 15 jours suivant son début. Ce délai pratique ne remplace pas le délai légal général de deux ans applicable à la déclaration.
Les pièces à joindre
Un dossier solide contient :
- Le certificat médical initial : il précise la maladie, le siège de l’atteinte et la date de première constatation.
- La description du poste : détaillez les gestes, leur fréquence, leur durée et les outils utilisés.
Les délais de déclaration
Le délai de deux ans court notamment à partir de l’arrêt de travail lié à la maladie, ou du certificat qui évoque le lien possible avec votre activité.
Vous avez dépassé les 15 jours ? Ce délai pratique ne ferme pas le droit de déclarer la maladie. Envoyez votre dossier dans le délai légal de deux ans, qui court notamment à partir de l’arrêt de travail lié à la maladie ou du certificat évoquant le lien avec votre activité.
Si la maladie a été constatée avant l’entrée en vigueur du tableau qui la désigne, un délai transitoire de trois mois à compter de cette entrée en vigueur peut s’appliquer pour la déclarer.
Les étapes de l’instruction et les délais
L’instruction par la caisse
La CPAM ou la MSA vérifie le certificat, la maladie déclarée, le délai de prise en charge et la réalité de vos travaux exposants. Elle peut solliciter son médecin-conseil. Elle peut aussi demander des informations à votre employeur.
À compter de la réception de votre déclaration et du certificat médical initial, la caisse dispose en principe de 120 jours pour statuer ou saisir le CRRMP. Le délai ne part donc pas nécessairement de votre premier envoi.
Si les conditions du tableau ne sont pas réunies, la caisse peut transmettre le dossier au CRRMP, le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Ce comité examine le lien entre votre travail habituel et la maladie.

Les échanges pendant l’instruction
Donnez des exemples concrets :
- le nombre de prises par heure
- la durée d’un cycle
- les poids manipulés
- la force exercée
- le temps de récupération
Évitez les réponses générales du type « je fais beaucoup de gestes ».
L’employeur peut formuler des réserves motivées. Si la caisse engage une instruction contradictoire, elle vous informe des éléments recueillis et vous permet de présenter vos observations avant sa décision.
La décision de la caisse
La caisse vous adresse une décision motivée. Elle peut reconnaître la maladie ou la refuser. Elle transmet aussi cette décision à l’employeur et au médecin traitant.
La notification indique les voies et délais de recours. Lisez-la sans attendre : pour contester la décision, vous disposez en principe de deux mois à compter de sa notification, et non du moment où vous prenez conseil.
Décrire les gestes répétitifs du poste
Établir l’exposition
La caisse cherche les mouvements habituels des tendons fléchisseurs ou extenseurs. Décrivez donc le geste lui-même. Le seul intitulé de votre métier ne suffit pas.
Pour chaque tâche, précisez :
- le mouvement réalisé : saisir, pincer, tirer, visser, couper, appuyer ;
- les doigts sollicités et la position du poignet ;
- le nombre de gestes ou de cycles par heure ;
- la durée quotidienne et hebdomadaire ;
- la force nécessaire et le poids des objets.

Si vous exercez comme aide-soignant ou aide-soignante, vous pouvez détailler les prises répétées lors des soins et la manipulation du matériel. La qualification dépend des gestes que vous effectuez réellement, pas du nom de votre métier.
Étayer le dossier
Demandez à votre employeur ou au service de santé au travail la fiche de poste. Demandez aussi l’étude ergonomique et les documents qui décrivent vos tâches. Une fiche de prévention des troubles musculosquelettiques peut aussi préciser les contraintes manuelles.
Si les critères du tableau ne sont pas remplis
Un critère du tableau manquant n’écarte pas toujours la reconnaissance. Le CRRMP peut étudier votre dossier si la maladie est directement et essentiellement causée par votre travail habituel et entraîne une incapacité permanente d’au moins 25 %, ou en cas de décès.
Si le doigt à ressaut ne correspond pas à une affection désignée dans un tableau, la règle est plus stricte. Il faut que votre travail habituel cause la maladie de façon essentielle et directe. Elle doit aussi entraîner une incapacité permanente d’au moins 25 %, ou un décès.
Les recours en cas de refus
Commencez par identifier le motif exact du refus :
- maladie mal désignée
- délai dépassé
- exposition insuffisamment établie
- lien professionnel contesté
Votre recours doit répondre à ce motif précis.
Pour contester, saisissez la commission de recours amiable, la CRA. Vous disposez de deux mois après la notification. Joignez la décision et les pièces qui corrigent l’analyse de la caisse.
Si la CRA rejette votre demande, ou ne répond pas dans les deux mois suivant sa saisine, vous pouvez saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Le recours devant la CRA est obligatoire avant cette étape.
La prise en charge après reconnaissance
Les droits ouverts

La CPAM ou la MSA vous remet une feuille de maladie professionnelle si votre maladie est reconnue. Vous la présentez aux professionnels de santé pour les soins liés au doigt ou au pouce reconnu.
En cas d’arrêt de travail, vous pouvez percevoir des indemnités journalières. Les règles sont celles des accidents du travail et des maladies professionnelles ; elles peuvent être plus avantageuses qu’en cas d’arrêt maladie ordinaire.
Après la consolidation
Si le taux d’incapacité est inférieur à 10 %, vous recevez un capital versé en une fois. À partir de 10 %, c’est une rente viagère. Les règles exactes dépendent de votre situation.
Vous pouvez contester ce taux devant la commission médicale de recours amiable. Vous disposez de deux mois après la notification pour faire ce recours, selon les modalités qu’elle indique.
Surveillez le délai de deux ans, qui court à partir de l’arrêt de travail ou du certificat évoquant le lien avec votre activité. C’est lui qui conditionne la recevabilité de votre dossier, même si vous avez dépassé les 15 jours.






